CoNGO at 75
A pathfinder for civil society’s role in a turbulent world
How the world has changed in 75 years! So has the nature and role of civil society.
When governments founded the United Nations in 1945, they adopted the Charter beginning with the words: We the peoples…as representatives of their citizens. In Article 71 of the Charter, they cautiously opened the door to consultation via ECOSOC with ‘the peoples’ through citizens’ bodies defined as Non-Governmental Organizations. The acronym NGOs became part of official terminology. The Conference of NGOS was founded and marks its 75th anniversary this year.
On 18 December I followed a Global Webinar hosted by the World Council of Churches in Geneva, the culmination of a series organized by current CoNGO President Liberato Bautista and his team to mark that significant anniversary. So many important points were made by speakers – on human rights, on the refugee crisis, on the moral and financial deficit between spending on war and spending on peace. But the question was: is anybody in power listening? Are voters listening? In 2024, more than half of the people on the planet – more than 2 billion people in 70 countries will go to the polls – and the stakes are monumental. [1]
When I first attended CoNGO meetings on behalf of teachers in the 1980s we were still in the period of the Cold War. The primary role of the Conference was then – and remains today – to promote access for NGOs to the UN, its agencies, and their deliberations. Political issues were not debated in the Conference itself. Member organizations could endeavor to forge common positions through substantive committees on key issues such as Human Rights, Development, and Disarmament. As the tensions of the Cold War often impinged on the orientations of NGOs, that capacity for discussion and debate was valuable, and helped to make the voices of people heard in the inter-governmental world of agencies and diplomats.
Then in November 1989 the Berlin Wall fell. In February 1990, Nelson Mandela walked free from prison. The world changed. From 1990 I worked with colleagues to found a new organization of teachers and education personnel which moved beyond the ideological cleavages of the past. Education International came into being in Stockholm in January 1993. It was then my privilege to serve as CoNGO President from 1994 to 1997.
As the Cold War ended the UN began convening major summits with the aim of bringing together world leaders to address global challenges. The first was the Earth Summit of 1992 in Rio Janeiro. That summit opened a new era in the participation of civil society. The movement was pursued at the Social Summit of 1995 in Copenhagen, leading to the Millenium Development Goals of 2000.
I recall that we organized a forerunner of today’s Webinars, the first ever video link between the UN office in Geneva and Headquarters in New York, so as to have the President of the UN General Assembly address and interact with the CoNGO General Assembly. How the technology of video conferencing has evolved since then!
Also evolving rapidly was the concept of civil society – a term which came increasingly into use and moved beyond the ‘non’ in Article 71 of the Charter. The UN invited CoNGO and the NGO Liaison Service which worked with organizations without ECOSOC status to engage in frank exchanges at a workshop in upstate New York on enhancing the participation of civil society in the wide-ranging work of the UN and its agencies. We adopted significant updates to the CoNGO Rules to improve our advocacy work as civil society became more engaged with the UN system than ever before.
During my term, and in the years with CoNGO before and after that mandate, I had the honor of working with two UN Secretaries General: Boutros Boutros-Ghali and Kofi Annan. Both were strongly in favor of the participation of civil society. When Kofi Annan took office in January 1997 he proposed the Millennium Summit, building on the Copenhagen Social Summit.
The turn of the century was a time of optimism. We felt this was a time of real opportunity to tackle poverty, improve the status of women and girls, make progress on human rights and disarmament, and build a better world.
The came 9/11 and other terrorist attacks, the Iraq war, then the Global Financial Crisis, the Pandemic, more wars in Sudan, Afghanistan, Yemen and now Ukraine and Gaza, repression in Myanmar and many other places, movements of refugees on an unprecedented scale. Climate change anticipated back in the 1990s is now upon us. CoNGO and civil society in general now face challenges that are greater than those we confronted back in the 1990s.
I have been a life-long supporter of the United Nations and the vision set out in the Charter of 1945. But today, a new approach is needed. In Dancing Before Storms, analyzing the history of revolutions that shaped today’s world, I concluded that the best hope for the future is to be found in the diversity of civil movements outside official institutions – movements with the capacity to link local communities with the global imperatives that impact us all. The question is how those movements and the people they bring together may organize so that their voices will really be heard, so that people become actors not victims, with the prospect of having a real impact on the course of events in this turbulent world.
Robert T Harris, President of the Conference of NGOs in UN consultative status, 1994-1997
[1] ‘Democracy in danger’, The Economist, 18-24 November 2023: The World Ahead 2024.
Les 75 ans de CoNGO
Pionnière du rôle de la société civile dans un monde tourmenté
Comme le monde a changé en 75 ans ! Il en va de même pour la nature et le rôle de la société civile.
Avec la fondation des Nations Unies en 1945, les gouvernements ont adopté la Charte qui commençait par ces mots : Nous, peuples…en tant que représentants de leurs citoyens. L’article 71 de la Charte ouvrait prudemment ouvert la porte à une consultation des « peuples » via l’ECOSOC, à travers des organismes citoyens définis comme des Organisations non gouvernementales. L’acronyme ONG fait désormais partie de la terminologie officielle. La Conférence des ONG a été créée et célèbre cette année son 75e anniversaire.
Le 18 décembre, j’ai participé à un webinaire mondial organisé par le Conseil œcuménique des Églises à Genève, point culminant d’une série organisée par l’actuel président de la CoNGO, Liberato Bautista, et son équipe pour souligner cet important anniversaire. Les nombreuses questions fondamentales soulevées par les intervenants portaient sur les droits de l’homme, la crise des réfugiés, le déficit moral et financier entre les dépenses pour la guerre et les dépenses pour la paix. Mais la principale interrogation était : les personnes qui se trouvent au pouvoir écoutent-elles ? Les électeurs écoutent-ils ? En 2024, plus de la moitié des habitants de la planète, à savoir plus de 2 milliards de personnes dans 70 pays, se rendront aux urnes, et les enjeux sont considérables.
Lorsque j’ai assisté pour la première fois aux réunions de la CoNGO au nom des enseignants dans les années 80, nous étions toujours en période de guerre froide. Le rôle principal de la Conférence, qui est le même encore aujourd’hui, était de promouvoir l’accès des ONG à l’ONU, à ses agences et à leurs délibérations. Les questions politiques n’étaient pas débattues dans le cadre de cette Conférence. À travers des comités de fond, les organisations membres pouvaient s’efforcer de forger des positions communes sur des points clés tels que les droits de l’homme, le développement et le désarmement. Dans la mesure où les tensions de la guerre froide ont souvent pesé sur les orientations des ONG, cette capacité de discussion et de débat s’est avérée précieuse et a contribué à élever la voix des citoyens dans le monde intergouvernemental des agences et des diplomates.
Puis, en novembre 1989, nous avons assisté à la chute du mur de Berlin. En février 1990, Nelson Mandela est sorti de prison. Le monde a changé. À partir de 1990, j’ai travaillé en collaboration avec des collègues dans le but de créer une nouvelle organisation composée d’enseignants et de personnel éducatif désireux de dépasser les clivages idéologiques du passé. L’Internationale de l’Éducation a été fondée à Stockholm en janvier 1993. J’ai alors eu le privilège d’occuper le poste de président de la CoNGO de 1994 à 1997.
À la fin de la guerre froide, l’ONU a commencé à convoquer d’importants sommets pour rassembler les dirigeants du monde et surmonter les défis globaux. Le tout premier, le Sommet de la Terre, s’est tenu à Rio de Janeiro en 1992 et a ouvert une nouvelle ère dans l’implication de la société civile. Le mouvement s’est poursuivi lors du Sommet social de 1995 à Copenhague, donnant naissance aux Objectifs du Millénaire pour le développement, adoptés en 2000.
Je me souviens que nous avons mis en place un précurseur des webinaires actuels, la toute première liaison vidéo entre le bureau des Nations Unies de Genève et le siège de New York, pour permettre au président de l’Assemblée générale des Nations Unies de s’adresser et d’interagir avec l’Assemblée générale de la CoNGO. La technologie de la visioconférence s’est nettement améliorée depuis !
Le concept de société civile a lui aussi évolué rapidement – ce terme est de plus en plus utilisé, pour ne pas se limiter au « non » de l’Article 71 de la Charte. L’ONU a invité la CoNGO et le Service de liaison des ONG qui ont travaillé avec des organisations sans statut ECOSOC, à mener des pourparlers francs au cours d’un séminaire dans le nord de l’État de New York. Celui.ci portait sur le renforcement de la participation de la société civile au sein de la vaste mission de l’ONU et de ses agences. Nous avons adopté des mises à jour importantes des règles de la CoNGO pour améliorer notre travail de plaidoyer alors que la société civile s’engageait plus que jamais dans le système des Nations Unies.
Tout au long de mon mandat à la CoNGO, mais aussi avant et après, j’ai eu l’honneur de travailler avec deux secrétaires généraux de l’ONU : Boutros Boutros-Ghali et Kofi Annan. Tous deux étaient largement favorables à la participation de la société civile. Lors de sa prise de fonction en janvier 1997, Kofi Annan a proposé de célébrer le Sommet du millénaire, en prenant exemple sur le Sommet social de Copenhague.
Le début du siècle a été une période d’optimisme. Nous avons senti que la possibilité de lutter contre la pauvreté, d’améliorer la condition des femmes et des filles, de progresser en matière de droits de l’homme et de désarmement et de construire un monde meilleur était bel et bien réelle.
Puis il y a eu le 11 septembre et d’autres attentats terroristes, la guerre en Irak, puis la crise financière mondiale, la pandémie, d’autres guerres au Soudan, en Afghanistan, au Yémen et maintenant en Ukraine et à Gaza, la répression au Myanmar et dans bien d’autres régions, des mouvements de réfugiés d’une ampleur sans précédent. Le changement climatique annoncé dans les années 90 est désormais une réalité. Aujourd’hui, la CoNGO et la société civile en général font face à des défis plus importants que ceux que nous avons connus dans les années 90.
J’ai toujours soutenu les Nations Unies et la vision énoncée dans la Charte de 1945. Mais aujourd’hui, une nouvelle approche s’impose. Dans un livre récent qui analyse l’histoire des révolutions ayant modelé notre monde d’aujourd’hui, je conclus en disant que le plus bel espoir pour le futur réside dans la diversité des mouvements civils en dehors des institutions, dans les mouvements capables de relier les communautés locales aux impératifs mondiaux qui ont un impact sur nous tous.
La question est de savoir comment ces mouvements et les personnes qu’ils rassemblent peuvent s’organiser pour faire entendre leurs voix, pour que les gens deviennent des acteurs et non des victimes, avec la perspective d’avoir un impact réel sur le cours des événements dans ce monde tourmenté.
Robert T Harris, Président de la conférence des ONG dotées du statut consultatif, 1994-1997